La Collapsologie, c’est quoi?

collapsologie

Aujourd’hui, j’ai décidé de vous parler de Collapsologie. Un concept, un mot très récent, que certains semblent avoir complètement adopté, se nommant même volontiers de ‘collapso’. Tandis que d’autres n’ont jamais entendu ce terme. C’est exactement pour cette raison, en constatant cette problématique à communiquer, débattre, échanger entre humains, que j’ai eu envie de défricher ce concept. Alors je suis désolée si vous êtes très renseigné sur le sujet, je risque de ne pas vous apprendre grand chose. Cependant, je remarque que même mon correcteur d’orthographe ne connait pas ‘collapsologie’, donc je suppose que mon propos n’est pas complètement vain.

Définition

La collapsologie est une forme de « philosophie de l’histoire »: une façon de penser notre humanité et son avenir. C’est la théorie scientifique de l’effondrement de notre propre civilisation. La collapsologie se revendique d’une approche pluridisciplinaire, à la fois écologique, économique, anthropologique, sociologique, philosophique, biologique, politique, démographique… Ce mot a été inventé par Pablo Servigne et Raphael Stevens dans son ouvrage de 2015 ‘Comment tout peut s’effondrer. Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes’.

Il s’agit donc de penser notre civilisation occidentale, croissante, abondante, inégalitaire comme une civilisation sur le point de s’éteindre. La perspective est un effondrement inévitable: une fin du monde, ou la fin d’un monde.

Pourquoi et comment penser l’effondrement?

C’est l’observation de tous nos systèmes et environnements qui sont objectivement défaillants qui pousse à projeter une chute. C’est l’analyse pluridisciplinaire de l’Anthropocène. Ah ben d’ailleurs, pareil, Anthropocène, mot qu’on entend (ou pas) sans le définir. L’anthropocène est aussi appelé « ère des humains ». Cela désigne une époque géologique qui aurait débuté à la révolution industrielle, jusqu’à nos jours, période durant laquelle l’influence de l’être humain sur la biosphère a atteint un tel niveau qu’elle est devenue une « force géologique ». En gros, ce moment de l’histoire où l’activité humaine a impacté son environnement de façon exponentielle, dans une mesure jamais connue, avec des impacts irréversibles.

Cet théorie de l’effondrement ne s’appuie pas uniquement sur des données scientifiques, mais aussi sur des estimations, des projections et des intuitions. C’est pourquoi la collapsologie est parfois accusée de ne pas être une véritable science, mais plutôt un mouvement de pensée.

Cependant, ce mouvement de pensée s’appuie sur des relevés factuels, tel que le réchauffement climatique, l’extinction des espèces, l’appauvrissement de la biodiversité etc. Et contrairement à ce qu’on imagine au premier abord, ce n’est pas un relevé uniquement écologique. Au contraire c’est un concept qui englobe toutes les défaillances de nos systèmes, qu’ils soient économiques, sociaux ou autre, pour conclure à une incapacité d’amélioration compte tenu de tous les mécanismes imbriqués les uns dans les autres qui forme un mouvement global de destruction.

C’est donc une pensée très différente de celle de la »crise » dont on peut sortir, c’est une pensée de la fin.

collapsologie

A quoi la collapsologie s’oppose?

Personnellement c’est une intuition que j’ai depuis tellement longtemps, que nous civilisation ne pourra pas croitre à l’infini, que j’ai toujours nourri en moi l’idée de la fin, sans vraiment la conceptualiser d’ailleurs. A tel point que je me demandais bien quelle autre alternative était possible.

Alors il y a deux pensées qui s’opposent à celle de la collapsologie:

  • Il y a d’une part, une forme de « néo progressisme », c’est à dire une pensée que l’humain, le progrès, la science sont capables de tout. Y compris de rétablir l’équilibre perdu… Cela se retrouve dans des phrases toutes faites et souvent empreinte de déni du type: « on trouvera bien la solution », « avec tout ce qu’on sait faire aujourd’hui… », « l’humanité a traversée d’autres crises » etc.
  • Il y a d’autre part, au sein de la communauté écologique (si communauté il existe), des systèmes de pensées « eco optimiste », qui ne nient pas les défi environnementaux mais qui croient que l’équilibre peut se trouver grâce aux énergies vertes, au développement durable etc. C’est donc une idée, selon laquelle il est possible de maintenir notre système de société en faisant des concessions écologiques. Il y a d’ailleurs dans cette pensée écologiste (qui est beaucoup celle des politiques) une difficulté à opposer la croissance ou le progrès à l’environnement.

Croissance et Décroissance

Là, je pense qu’on arrive au cœur du sujet. C’est fou comme la croissance c’est simple… mais compliquée. C’est a dire que c’est simple à comprendre, c’est le fait de produire de plus en plus: des marchandises, des objets, des services et donc de la richesse (l’argent, hein, car la richesse pourra être définie autrement). Mais c’est infiniment compliquée à juste remettre en question. C’est tout à fait culturel de penser que produire plus c’est mieux, d’avoir plus c’est mieux. C’est vraiment ça ‘la société de consommation’. C’est cette certitude que l’on arrive plus à interroger… Même en sachant que les richesses sont trèèès inégalement redistribués. Même en sachant, stats à l’appui, qu’être très riche ne rend pas plus heureux (l’inverse n’étant pas si vrai). Même en sachant que cette logique est au cœur de la destruction de notre seul lieu de vie.

Et si la croissance est dure à interrogée, la décroissance quant à elle est juste difficile à prononcer. C’est bien simple, ce mot semble aussi tabou qu’une insulte. Et alors, je ne parle même pas des personnes qui se revendiquent « décroissants », qu’on préfère voir comme des marginaux, comme des fous.

Pourtant c’est notre unique levier d’action, pour repenser le monde. Ce que ma collapsologie ne dit pas, c’est si nous allons réussir à décroitre avant la fin de notre monde, ou si l’autodestruction programmée de notre civilisation va nous obliger à décroitre.

Ca ressemble à quoi l’effondrement?

On peut imaginer que ça va ressembler à de grands dérèglements climatiques, des sècheresses, des tempêtes. Mais surtout on peut envisager des grandes difficultés d’accès à l’eau allant jusqu’à des guerres civils. On peut imaginer des sols trop pauvres pour cultiver, des abeilles disparues et plus de quoi polliniser. Aussi, on peut penser que la fonte des glaciers libère les virus qu’ils contenaient, que les pays soient immergés, que des populations entières migrent. Enfin, on peut imaginer une disparation de la biodiversité, et on peut imaginer la disparition de notre espèce.

On penche donc vers des questions quasiment métaphysiques, qui pensent la fin de l’humanité. Et c’est une chose avec laquelle l’Homme n’est pas très habitué, lui qui s’est construit comme tout puissant, comme le dernier maillon de la chaine alimentaire, comme le gardien du progrès.

Est ce que c’est pareil qu’être survivalistes?

Survivaliste c’est un peu comme décroissant, c’est un mot qui fait mi rigoler mi flipper. On imagine des américains un peu stupides qui construisent des bunkers au fond de leur jardin. Et puis il y a eu le coronavirus, les stocks de farine et les pénuries de papier wc…. Si on veut bien l’admettre on est tous un peu survivaliste.

D’ailleurs en France, comme l’explique Bertrand Vidal, sociologue, on envisage plutôt tout cela comme un néo survivialisme :
« les néosurvivalistes quittent les villes mais pas pour aménager leur bunker, plutôt pour aménager ce qu’ils appellent leur base autonome durable, un petit lopin de terre qu’ils vont cultiver, où ils vont appliquer la permaculture, la biodynamie. Le tout en essayant d’avoir une identité à l’inverse du monde tel qu’il le voit, du consumérisme, de la société du tout jetable. » (référence ici)

Mais comme dirait Pablo Servigné
« la survie n’est pas la vie, survivre ou vivre ne nous mettent pas dans la même posture, ni la même attitude ».

Si aujourd’hui on désire encore militer pour la vie, il faut plutôt concentrer ses efforts vers une préparation collective. L’apprentissage d’une autre forme de monde, en plus, ou plutôt que, de se diriger vers des mouvements d’autosubsistance individuelle.

Comment ne pas tomber dans l’éco anxiété?

On en a déjà brièvement parlé ici. L’eco anxieté n’est pas une maladie imaginaire, mais bien un mal collectif et actuel. C’est une véritable angoisse et souvent elle peut s’avérer paralysante, ou fataliste. Dans les deux cas cela pousse à l’immobilisme. Or c’est justement le problème, qui est double d’ailleurs. Si on n’agit pas concrètement, de façon à dégager du positif de la situation, on ne peut pas sortir de cette dépression. De plus, en restant immobile, voire sidérer, on ne va pas non plus pouvoir aider le collectif.

Malgré leurs théories alarmistes, les collapsologues ont foi en l’humain et dans sa capacité de résilience. Peut- être, et on peut l’espérer, l’humain aura encore sa place dans un monde post capitaliste.

Pablo Servigne explique que l’on peut dès aujourd’hui se préparer à une nouvelle forme d’humanité, une fois d’humanité qui va devoir faire face à d’immenses défis. Pour cela, il est utile de changer de vision, de passer à l’individu au collectif, de créer d’ores et déjà des réseaux d’entraide et de solidarité.

J’ai aussi envie de rajouter qu’il serait temps de repenser notre idée de l’indépendance, et d’apprendre, ainsi qu’à nos enfants à devenir indépendants, autonomes, créatif d’un point de vue matériel, concret, et plus uniquement économique. Car être riche ça ne permet pas de savoir cultiver, cuisiner, réparer, inventer, réinventer… Si on y réfléchi bien, être riche c’est même rarement être indépendant. C’est mon analyse personnelle, mais j’ai l’impression qu’il est l’heure de repenser ces certitudes telles que l’indépendance, l’autonomie et juste la réussite, en les mettant en perspective avec les défi qui nous attendent dans l’avenir.

Pour aller plus loin

Pablo Servigne sur France Inter

Article du monde sur les néo survivalistes

S’adapter au changement climatique

Faut-il en finir avec la civilisation?

Il y a beaucoup de ressources sur le portail de Collapsologie: ici.

12 réflexions au sujet de « La Collapsologie, c’est quoi? »

  1. Wahou ! J’adore cet article et si j’ai eu du mal à définir quel genre de féministe je suis, la au contraire je n’ai absolument aucun doute, je suis collapsologue !

    C’est horrible parce que j’ai la certitude que l’être humain aura créer lui même sa propre perte mais en même temps je n’ai pas les clés pour sortir complètement d’un système que je considère comme voué à l’échec et auquel je continue de participer…je trouve que ça demande tellement d’énergie de sortir de ce système qui a tout mis en œuvre pour nous tenir captif. On est déjà des hippie hystérique quand on questionne la norme, qu’on fait des choix légèrement hors de clous, donc je n’ose pas imaginer l’effort que cela doit demander de s’extraire complètement de notre société. Mais je rêve quand même parfois de devenir une famille à la captain fantastique !

  2. Coucou ! 🙂 Hé oui, la Collapsologie est quelque chose que « craignent » nos dirigeants… C’est pourtant un fait : notre économie ne peut pas continuer ainsi ad vitam aeternam ! J’ai beaucoup lu également sur le sujet, et j’ajouterai à ta liste, le livre d’Yves Cochet : « Devant l’effondrement, essai de collapsologie ». Merci beaucoup donc d’avoir abordé ce sujet passionnant ! 🙂 Bisou et bonne journée à toi. Nathalie

  3. Merci pour cet article, cette notion de collapsologie me faisait peur autant qu’elle m’attirait, et j’avais du mal à oser lire des choses sur le sujet. C’est donc une super porte d’entrée pour approfondir tout ça !

  4. Très intéressant et très déprimant…surtout pour nos enfants…quelle responsabilité alors qu’on voudrait la vie un peu légère en ce moment !

    1. C’est normal d’être déprimé quand on se documente sur l’état de notre monde. Il faut apprendre à occuper notre peur, notre angoisse et passé notre sidération, c’est justement dans ces émotions que nous trouvons l’énergie d’avancer et peut être même de construire le monde de demain.

  5. Très intéressant ton article, tout comme celui sur le féminisme. Je reviendrai le lire à tête reposée. Merci de partager des réflexions aussi profondes, larges et merci pour tes efforts de pédagogie qui rendent le tout accessibles. C’est très très précieux en ce temp d’instantanéité.

    J’ai vraiment du mal à m’adapter à IG (où je commente aussi mais avec un pseudo autre). C’est un format que ne me convient pas du tout car il est compliqué justement d’y revenir, de reprendre la discussion, de lire les nouveaux commentaires… On court, on court et puis c’est un peu tout…

    1. oui et d’ailleurs un des gros problème d’Insta c’est que rien n’est référencé, il n’y a pas de formulaire de recherche ni rien, on ne peut pas retrouver un post en particulier

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