La vie…

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Parmi les idées farfelues que j’avais étant petite fille, une des plus absurdes était de penser que ma grand mère était éternelle… Quand j’y réfléchi je crois que c’est parce que le temps paraissait lui couler dessus sans laisser de traces. Ma grand mère je l’ai toujours vu porter les mêmes blouses, coiffée de la même façon, préparer la même compote, le même gratin dauphinois, dans sa maison ou sa cour rien n’a jamais bougé. Cette régularité c’est une des choses qui m’a le plus structurée au cours de ma vie. Ma grand mère a toujours été mon pilier, mon repère: et je crois que c’est pour ça qu’en grandissant l’idée de son éternité ne m’a pas quittée au profit du raisonnable.

Il faut dire que même si ma grand mère parait frêle, c’est un roc, elle a vécu la guerre, et y participé comme résistante à tout juste 13 ans, elle a porté des pantalons, refusé des mariages arrangés, fumé. Elle cache sa grande force sous sa silhouette maigrichonne, j’ai toujours su que je pouvais compter sur elle, c’est mon pilier!

Il y a deux ans, la maladie l’a touchée, on s’est beaucoup inquiété et puis finalement, une fois de plus, elle a déployé une force et un courage qu’on ne lui soupçonnait pas. Elle a affronté les traitements, la perte de ses cheveux, la fatigue, elle n’a pas vaincu la maladie, mais la contenait parfaitement, grâce à son mental.

Alors finalement cette épreuve m’a confortée dans mon idée; rien ne pouvait l’atteindre, elle était mon éternelle.

Mais c’etait sans compter sur la vie, celle qui vous rappelle si brutalement à la réalité, la vie qui tout d’un coup m’a contraint à sortir de mon utopie, à balayer cette si jolie idée qui me rassurait tellement.

Ma grand mère va mourir, rien que de l’écrire je sens un frisson me traverser la colonne vertébrale. Mais c’est inévitable.

Les médecins nous avaient affirmés qu’elle ne passerait pas le week end, pourtant nous sommes mercredi… Sa force surprend même la médecine.

Mais elle n’est déjà plus là, elle n’est déjà plus ma mamie, elle est prisonnière de son corps qui est tellement solide. Et moi, elle me manque déjà.

J’essaye d’imaginer ma vie sans elle, et mon cœur se serre, je ne pense qu’à des petites choses. Je pense à ma serviette de bain toute grise qu’elle aurait pu me reblanchir, de pense à ma fille qui ne mangerait jamais de sa compote, je pense que quand on lui a annoncé que j’étais enceinte elle a dit « A Noël, nous serons un de plus », elle avait tord, je pense à la fondue savoyarde qu’elle devait me faire pour mon anniversaire, je pense à sa maison qui va être vide, aux dimanches après midi en famille qui vont disparaître, je pense à Roméo qui dit qu’elle va bientôt guérir sa mémé, je pense à son gratin dauphinois dont elle ne m’a pas donné la recette, je pense à sa confiture,  je pense à ses petits mouchoirs, je pense à ses blouses, j’essaye de me souvenir de son sourire, de sa voix… J’ai une boule dans le ventre qui grossi.

Malgré tout, quand elle partira pour de bon, je ne serais pas mieux préparée.

La dernière fois qu’elle a pu me parler, elle m’a dit que son plus grand regret était de ne pas connaître sa petite fille et ça l’a fait pleurer, je crois que c’est la première fois que je la voyais pleurer, et puis elle m’a dit « C’est comme ça la vie »

Oui la vie c’est comme ça, il paraît, mais moi je trouve surtout que la vie est triste et injuste. Ma grand mère ne va pas partir, encore moins nous quitter, elle va nous être enlevée contre son gré.

Elle mène une bataille perdue d’avance contre la mort, et je crois qu’elle nous offre la plus belle preuve d’amour, elle se bat pour continuer à vivre aux côtés des vivants, à nos côtés. Elle qui avait tellement de mal à nous dire qu’elle nous aimait, son corps le hurle aux portes de la mort.

Je lui murmure que je l’aime, je ne sais pas si elle m’entend mais je sais qu’elle le ressens. Je l’aimerais toujours c’est mon pilier, mon éternelle.

(Je ne sais pas si ce texte a sa place ici, il est peut être un peu impudique mais il fallait l’écrire, le dire, et ici c’est mon meilleur espace d’expression)

18 réflexions au sujet de « La vie… »

  1. Notre Immortelle… <3
    Malgré tout ce qui pourra se passer, malgré toutes les larmes qu'on pourra verser et toute la colère qu'on ne pourra pas exprimer… Elle sera Toujours la! Toujours!
    Et moi Je sais! Je sais exactement ce que tu ressens et le mal permanent qui te serre le cœur… Je sais toute ta peine car c'est ce que je ressens aussi. Pourtant j'ai pas l'impression de t'être d'un grand soutien… Mais saches que je suis la! A chaque fois que tu auras besoin… Et Mamie est éternelle, comme l'amour qu'elle a pour nous, l'amour qu'on a pour elle et l'amour que j'ai pour TOI! <3 Je t'aime.

  2. Les grands mères sont éternelles, comme les larmes que l’on verse quand on les perd. La mienne a tiré sa révérence il y a déjà longtemps. Elle n’aura pas connu mes enfants ni mon mari, elle n’aura pas eu le temps de savoir ce que je suis devenue mais moi je sais que je lui dois une partie de tout ça… Bon courage

  3. Les larmes sont là… Deb, je suis de tout coeur avec vous pour cette rude épreuve, mais quel bel hommage tu viens de faire ta mamie là, elle sait qu’elle peut être fière de toi en tout cas.
    Rien que de te lire, j’en ai le ventre tout retourné alors je n’ose imaginer l’ampleur de ta peine… En tout cas je pense à vous et à cette épreuve qu’il va falloir surmonter pour continuer à avancer comme vous le faites si bien. Courage.

  4. Bien sur que cet article a sa place ici !
    Ces mots j’aurais plu les ecrire il y a qelques années lorsque ma grand-mère s’en est allée dans les mêmes conditions. J’ai apaisé ma peine en me disant combien j’avais eu une chance enorme d’avoir cette grand-mère là, de croiser sur mon chemin une si belle personne, combien j’etais riche de tout ce qu’elle m’a apporté et qu’aujourd’hui je dois transmettre aux autres tout ce qu’elle m’a offert.
    Bon courage pour ces moments si douloureux

  5. Je n’ai pas eu la chance de connaitre mes grands -parents !…Et mon Papa ,…j’avais dix ans.
    Moi c’est Ma Maman qui depuis quatre année me manque toujours autant…
    Quand on perd un être cher c’est une partie de soi-même qui s’en va aussi….
    De tout coeur avec toi!…

  6. Bon courage dans ces moments difficiles…. Quel bel hommage ! Elle sera pour toujours dans vos coeurs. Je parle souvent de mes gds parents décédés à mes enfants pour continuer à les faire exister et leur montrer tout ce qu’ils m’ont apporté et les souvenirs que je garde d’eux.

  7. Magnifique hommage… courage en ce moment difficile, on aimerait tous que ça n’arrive jamais. j’ai vécu la même chose que toi et en lisant ton article je n’ai pas cessé de penser à mes grands parents partis en peu de temps… Des grands parents merveilleux ça reste pour l’éternité dans notre cœur!

  8. un moment toujours difficile… J’ai perdu mon grand-père l’an passé… Il avait 98 ans, et je commençais a croire qu’il allait toujours rester ! Aujourd’hui j’ai plein de choses qui lui appartenait, comme ça il est encore un peu là… Plein de courage, c’est un dur moment à passer,mais pense au bonheur qui t’attend bientôt. 🙂

  9. Très joli texte pour ta grand-mère et très emouvant! Je ne la connaissais pas mais comme tu ml’as décrit ça a l’air d’être une grand-mère extraodinaire. Courage à toute la famille pour ce moment difficile et vivez votre vie vie à fond comme elle a pu le faire.

  10. Je suis de tout coeur avec toi et suis à 100% d’accord avec tes mots, j’aurais pu l’ecrire. Mes grands-meres sont parties trop tot et elles etaient si précieuses…
    Courage dans cette épreuve et quel billet magnifique.
    Bisous

  11. Ma grand-mère comme le tienne a toujours porté les mêmes robes, les mêmes bijoux, la même coiffure. Ma grand-mère comme la tienne vie aujourd’hui ces derniers instants mais contrairement à la tienne elle ne se bat plus depuis bien longtemps. Et aujourd’hui comme toi j’ai le cœur lourd et la gorge serré, l’angoisse de recevoir la terrible nouvelle…mais comme à dit ta grand-mère « c’est comme ça la vie » bon courage à toi et ta famille dans ce douloureux moment…

  12. Un article très émouvant qui m’a fait pleurer parce que j’ai vécu la même douleur quand j’ai perdu ma grand-mère maternelle il y a une dizaine d’années. J’avais aussi l’impression qu’elle vivrait toujours, j’ai regretté toutes ces choses que je ne lui avais pas dites, j’ai murmuré à son oreille un dernier « je t’aime » quand elle était sur son lit d’hôpital ne sachant pas si elle m’entendait. Profitons de la vie et des gens qu’on aime et à ce propos, ça fait une éternité qu’on ne s’est pas vu… Courage dans cette épreuve et gros bisous les filles.

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